Geek-X : revenge of the geeks

Les initiatives pornographiques se font rares en France, on compte les boites de prods sur les doigts de la main et aussi étonnant que cela puisse paraitre, très peu s’inspirent d’X-Art et consorts, pourtant bien établis dans le paysage depuis quelques années. La faute à un contexte économique plus que difficile et également à un porno qui ne s’exporte pas vraiment. Quand on a vu débarquer le projet Geek-X, concept alliant culture geek et porn, on s’est demandé qui pouvait bien être derrière tout ça et ce qu’ils entendaient vraiment par « porno geek ». On est donc allé demander à Isaac  – jeune producteur – pourquoi il a décidé de se lancer dans l’aventure.

Tout d’abord peux-tu nous raconter brièvement la genèse de ce projet ?
Ce projet est né de plusieurs constats. D’abord, il est incontestable que l’imaginaire collectif a une vision de ce qu’on appelle communément les “geeks” qui est plutôt négative. Généralement représentés comme moches, maigrichons, à lunettes et on ne peut plus timides, les “geeks” sont en plus de cela très souvent raillés sur la question du sexe. Étant un geek moi-même, j’ai un peu du mal à digérer ça !

S’ajoute à ce premier constat celui de la médiocre qualité du cinéma X français actuel. Lorsque cette idée de films pornographiques “soft” m’est venue, j’ai évidemment travaillé et fait beaucoup de recherches sur ce qui se faisait en France. J’ai sincèrement été très déçu. Les scénarios sont inexistants. Les images sont généralement laides. Et c’est strictement toujours la même chose. Ce deuxième constat m’a conforté dans l’idée qu’il fallait proposer des films de qualité et originaux.

Au-delà de ces observations, lorsque ce projet m’est venu à l’esprit, j’ai tout de suite trouvé le concept intelligent, amusant, et intéressant à mettre en oeuvre.

geek x

Tu peux nous en dire un peu plus sur votre première scène ?
Il s’agit du premier épisode de Sex note. C’est une parodie du célèbre manga Death note que nous avons décidé de réaliser. Il s’agirait plutôt d’un hommage, car ces épisodes seront très fidèles à la série. Nous avons tenté de coller au décors de la chambre de Yagami Raïto, nous avons recomposé les musiques de Death note de A à Z (…), bref ceux qui connaissent un peu la série et qui auront la chance de voir ce premier épisode seront amusés par tous les clins d’oeil présents. Je suis certain que beaucoup de fans du manga seront contents de le voir se perpétuer à travers notre remake.

Death_Note_Ryuk

C’était ton premier porno en tant que producteur, comment s’est passé ton premier tournage ?
Le tournage s’est très bien passé. L’ambiance était excellente. La bouffe aussi ! Plus sérieusement, comme nous avions beaucoup discuté avec mon chef opérateur et que nous nous étions mis d’accord sur le type de films que nous voulions concevoir, cela ne pouvait que bien se passer. Si vous ajoutez à cela la gentillesse et le professionnalisme de nos deux acteurs, vous ne pouvez obtenir qu’une journée de tournage efficace et satisfaisante. Il y a évidemment quelques petits éléments à améliorer, mais dans l’ensemble je suis content de mon équipe et de ce premier tournage.

Être producteur de porno en 2013 en France, dans un climat pornographique plus que morose, ce n’est pas un peu risqué ?
C’est vrai que sur le plan économique, c’est risqué, voire un peu suicidaire ! Aujourd’hui, le porno circule librement et les gens ne voient plus de raisons de payer pour des films X. Néanmoins, j’aime les défis. J’ai 22 ans, et je n’ai de toute façon pas grand chose à perdre. Mon but est de proposer des films (d’une vingtaine de minutes) scénarisés, sensuels, travaillés, pensés, avec une vraie charte, et qui ne se contentent pas de montrer une pénétration en gros plan. Si les retombées financières me permettent de continuer à produire des films de ce style, je serai un homme heureux. Si ce n’est pas le cas… non j’ai pas envie d’imaginer ça !

Quoi qu’il en soit, j’espère que j’apporterai un vent nouveau au cinéma X français et que de nombreuses personnes nous rejoindront dans l’aventure Geek-X.

C’est quoi pour toi un porno geek ?
Par porno geek j’entends plusieurs choses. D’abord, les films que nous allons proposer sont tous empreints de l’univers geek, qui est quasi infini. Les références, les clins d’oeil, les dialogues, les mises en scène, le personnage principal, tous ces éléments qui constitueront nos films caractérisent selon moi un porno geek. Mais à titre personnel je n’aime pas trop cette expression. Je la trouve assez réductrice et peu fidèle à la réalité.

Par ailleurs, mon idée est de tenter de redorer le blason des “geeks”, en les mettant en scène dans des situations d’où ils sortiront vainqueurs. Je ne peux pas en dire trop pour le moment, ceux qui verront le 2ème film Geek-X Production [qui ne sera pas Sex note episode 2] comprendront…

Tu n’as pas peur de te prendre des mauvais retour de cette « communauté » qui pourrait voir d’un mauvais oeil qu’on usurpe son identité, ou qu’on s’en serve seulement à des fins mercantiles ?
Je le crains un peu. Mais je pense que cela serait dommage. Mon but n’est pas de “surfer” sur la vague geek. Il est d’une tout autre nature. Au-delà de ce que j’ai pu expliquer précédemment concernant la nécessité de concevoir des films de qualité et scénarisés, qui tentent de véhiculer une autre image de nous, il y a au fond de moi la volonté de proposer aux jeunes adultes, dont l’éducation sexuelle est quasi-intégralement façonnée par les images véhiculées par les films pornographiques [et non par les cours donnés au collège…], une autre image du rapport sexuel. J’aimerais, en proposant des films sensuels, tenter de montrer que la relation sexuelle n’est pas une performance. C’est au contraire l’engagement tout entier de deux individus dans l’assouvissement d’un désir, qui peut être de multiples natures (tendre, sauvage, etc.). Oscar Wilde disait : la nature imite l’art. Je preferrais que l’art ne soit pas un gonzo américain ou un fake casting X français…

geek x manifesto

Par ailleurs, l’image de la femme dans les pornos actuels est catastrophique, puisque non seulement elle est chosifiée à l’extrême, mais en plus elle prétend en tirer une satisfaction inégalable. Allez expliquer ça à un jeune qui aime sa maman et qui pense que toutes les femmes sont comme elles. C’est au minimum la mysoginie qui l’attend s’il est éduqué par ce type de films.

Qui est l’acteur qui joue avec Julie Valmont ? Vous l’avez recruté comment ?
Il s’agit de Lorenzo. C’est un homme très ouvert, sympathique et professionnel qui m’a été conseillé par Julie Valmont, qui avait déjà tourné avec lui.

Il m’a confié refuser quasiment toutes les propositions qui lui étaient faites en France, précisément pour les raisons que j’ai évoquées précedemment (absence de charte, scénario inexistant…)

Comment sera distribué Geek-X ?
Geek-X sera dans un premier temps diffusé par le biais du site www.geek-x.com. Les internautes auront la possibilité d’acheter directement l’épisode sur notre site. Aucun abonnement ne sera requis et les films, d’une vingtaine de minutes chacun, coûteront 2.99€. Si le public est au rendez-vous, nous développerons sans doute une distribution DVD, mais ce serait sans doute encore plus suicidaire, étant donné la crise de l’industrie du DVD. Pour le premier épisode de Sex note, la voix off [sur le même principe que dans Death note] sera en anglais, et il existera évidemment une version sous-titrée français.

Quelle position face aux tubes, amis ou ennemis ?
Ni l’un ni l’autre. Je prends acte du fait qu’ils existent, et je tenterai de les utiliser pour servir Geek-X. C’est vrai qu’ils ont fortement affaibli l’industrie du porno mais je prouverai qu’en proposant du contenu original, fun, sensuel, et de qualité, Geek-X trouvera le moyen d’exister et de trouver sa place.

Qu’est-ce qui t’excite dans le porno ? Quels sont tes tags ?
La sensualité. Tous les films proposés par X-art, en fait. Mais c’est vrai que j’en consomme désormais moins pour des raisons personnelles que professionnelles, j’aurais donc du mal à répondre à l’heure actuelle… Quoi qu’il en soit : “Geek-X. Big brain. Big dick“ – avec ces deux atouts je n’ai plus vraiment besoin d’en consommer !

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