Interdiction du porno en Inde : le téléchargement de VPN augmente de 405%

Octobre 2018, le gouvernement indien décide de bannir plus de 800 sites pornos. Pour qui veut se palucher dans le Sous-continent, la parade est vite trouvée : s’équiper d’un VPN (Virtual Private Network). Un peu plus d’un an après, une étude révèle que le nombre de téléchargements de ce type d’applications a connu une croissance fulgurante.

Les indiens vont pouvoir continuer à s’astiquer. Un an après l’interdiction de 827 sites pornos par leur gouvernement, Top10VPN – spécialisé dans l’actualité de ce genre d’applications – révèle que le nombre de téléchargements de VPN a augmenté de 405% au pays de la vache sacrée. Soit un total de 57 millions. Pour rappel, un VPN permet d’attribuer à un ordinateur une adresse IP différente de celle du pays où il se connecte. Un moyen très efficace pour contourner n’importe quel système de censure local mis en place. 

Une situation évidemment très intéressante pour les compagnies du secteur. ExpressVPN a par exemple été téléchargé 1.8 million de fois sur la période octobre 2018/septembre 2019. A 12.95$ le mois, le calcul est vite fait. Pour les indiens qui ne veulent/peuvent pas payer (la majorité), il reste toujours des applications gratuites (Turbo VPN, Solo VPN, etc.) ou les rares sites qui passent encore entre les mailles du filet, RedPorn ou SexVid par exemple. Quant aux branleurs indiens qui se font gauler, pas d’inquiétude : regarder de la pornographie n’est pas interdit par la loi au pays de Gandhi. Sauf si c’est en public, ou si les vidéos mettent en scène des enfants.

C’est justement sous le leitmotiv de la lutte contre la pédopornographie que le pouvoir indien avait adopté cette décision drastique, en octobre 2018. Résultat : une vague d’indignation issue de la société civile et de la classe politique, accompagnée de l’émergence du hashtag #PornBan. Réaction prévisible dans un pays classé troisième en matière de consommation de porno, derrière les USA et l’Angleterre. Même le géant américain Pornhub était venu au secours des fapeurs indiens, mettant en ligne un site miroir dont l’URL se terminait en « .net » (au lieu de « .com ») afin de rendre ses vidéos accessibles. Une ruse vite neutralisée. Un rapide coup d’œil à la liste publiée par The Indian Express permet de mesurer l’ampleur de la censure.

Le porno en ligne de mire dans l’Hexagone

Lutte contre l’accès aux sites pornos, protection de l’enfance, ça ne vous rappelle rien ? Bingo ! L’exemple, et échec, anglais en matière de régulation de porno. Mais surtout la récente déclaration du Président Emmanuel Macron, à la tribune de l’UNESCO, le 20 novembre dernier : « on n’emmène pas un enfant de 13 ans dans un sexshop ». Une formule choc pour justifier sa croisade contre l’accès au porno par les plus jeunes. Oui oui, le même Emmanuel Macron qui expliquait à Konbini, dans une interview décalée de 2017, que « le porno fait partie de la vie ». Allez comprendre.

Mais vers quoi se dirige-t-on exactement dans l’Hexagone ? Pour l’instant, c’est le flou artistique et la balle est dans le camp des « acteurs de l’Internet ». Ces derniers ont six mois pour présenter une « solution robuste » pour contrôler l’âge des internautes qui souhaitent accéder à du contenu pornographique (le disclaimer demandant si le visiteur a plus de 18 ans est jugé insuffisant). Passé ce délai, les sites non dotés d’un système de contrôle efficace pourraient être bloqués sur décision d’un juge. Se dirige-t-on vers un système de reconnaissance faciale, comme l’envisage l’Australie ? Ou vers une plate-forme de vérification d’âge à la AgeID, produite et commercialisée par Mindgeek, l’entreprise montréalaise propriétaire de Youporn & Pornhub ?

La deuxième solution serait catastrophique pour les productions indépendantes qui n’auraient pas les moyens financiers de s’équiper d’une telle plate-forme. Condamnées à la fermeture par la Justice française, elles verraient le public se diriger vers des marques déjà bien connues pour qui l’achat d’un tel équipement n’est rien. Un rapport de force clairement en la faveur de grandes multinationales. Et un coup dur pour la diversité, la création et l’innovation dans l’industrie porno. Mais surtout un moyen de déplacer le problème ailleurs. Les gamins d’aujourd’hui sont plus doués que leurs parents un clavier entre les mains. Rien ne les empêchera de se tourner vers les VPN, voir le Dark Web où pullulent des contenus non contrôlés. Dont de la pédopornographie. De l’autre côté de la barrière, l’ultimatum posé par Jupiter ne laisse pas insensible. Ovidie explique dans un thread pourquoi cette mesure n’est pas si aberrante, précisant au passage que 70% de l’accès au porno se fait via le portable. D’où l’impuissance des parents à surveiller les activités en ligne de leurs rejetons, notamment sur SnapChat, très populaire chez les moins de 15 ans. Nikita Belluci rappelle que sur Twitter, le contenu porno hardcore (faciale, triple pénétration anale, etc.) est présent sans aucune forme de contrôle. 

Alors que faire ? Installer un mouchard sur le portable de votre ado ? Attendre un hypothétique réveil de l’Education Nationale en matière d’éducation sexuelle ? Non. Tôt ou tard, il/elle sera confronté(e) au porno. Par le biais d’un ami, sur les réseaux sociaux ou au détour d’un pop-up sur un site de streaming. Même si cela semble gênant, peut-être est-ce le moment de discuter autour de la table. De démystifier le porno, d’aborder les notions de consentement et de stéréotypes. Rappeler que, au final, tout cela n’est que du cinéma à ne pas reproduire dans la vie réelle.

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